











apparition – squelette de biche, résine pour carrosserie, tissu, passementerie, chou rouge, peinture acrylique – 2023
Exposition du printemps, Le Manoir, Mouthier Haute-Pierre
Christiane Delacroix à propos de l’exposition de Printemps
« Mélissa Didier – Installations
– Rez-de-chaussée : »Apparition »
– Sous-sol : « Intérieur 2017 »
« Apparition »
Il s’agit d’une chimère, d’un animal fait d’os, d’or et de tissu brodé. Ses hautes pattes graciles supportent un abdomen doux et repu, recouvert de passementerie. L’animal au ventre de canevas penche son long cou pour s’abreuver à la mare étalée devant lui, épaisse, odorante, rouge violet intense.
Une vaste salle lambrissée accueille l’installation. Le visiteur se déplace, tourne autour de la mare. Il a la place pour le faire. S’il est seul, c’est mieux. A plusieurs, les croisements deviennent périlleux, car la mare est vivante.
Il n’est pas question de troubler l’étrange cérémonie entre la bête et la surface nourricière.
L’installation de Mélissa DIDIER se nomme « Apparition ».
L’ossature mystérieuse de la structure animale est un squelette de biche. Elle dit qu’elle l’a trouvée en forêt, au cours d’une promenade. Mais qui, au cours d’une promenade, croise les ossements éparpillés d’une biche ?
A mon avis, cette rencontre n’est pas due au hasard. En réalité, l’une attendait l’autre. Pour défier le temps ensemble, pour dialoguer encore, approcher l’éternité, changer le périssable en or, le chou rouge, vivant, épais du début, en mues desséchées et noires, recroquevillées sur l’or de la mare, qui se révèle en fin d’exposition.
– Sous sol : « Intérieur » 2017
Pour atteindre la seconde séquence, le visiteur doit descendre des marches, ressentir l’ombre et la fraîcheur des voûtes de l’ancienne cave.
L’installation est frontale. Un écran de toile occupe tout le fond de la salle. Face à lui, trois carrousels sont posés sur trois escabeaux de bois de hauteurs différentes, aussi graciles dans leurs structures délicates, que les pattes de la chimère au rez-de-chaussée.
Le dispositif a la précision d’une étrange expérience scientifique. Les carrousels se changent en microscopes, les diapositives, en lamelles de verre porteuses de restes organiques comestibles, dont la mise en culture est projetée en direct sur l’écran.
Au fil des jours, les bactéries colonisent l’espace lumineux des lames. Elles génèrent des univers graphiques d’une beauté fulgurante, en constante transformation, jusqu’à dessiccation.
Dans ses deux installations, Mélissa DIDIER utilise et questionne les matériaux issus des différents états du vivant, incluant la naissance, l’évolution, la finitude, qu’elle convoque parfois dans le désordre. Une manière de détricoter le monde pour mieux le réinventer.
La scénographie intègre le temps, comme composant et comme révélateur. Elle implique le corps du spectateur, dans ses déplacements, ses sensations visuelles, olfactives, auditives… « Apparition », « Intérieur » ouvrent la porte des rêves, de la connaissance, des émotions, du mystère qui entourent l’humain, la beauté du vivant et ses rythmes lents. »


sans titre, peau de truite tannée – 2023